Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 5: Déployer le sujet

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CHAPITRE VI

ler exercice : Trouvez un élément perturbateur très intime dans une rencontre amoureuse entre un homme et une femme et imaginez l’histoire que cela peut être.

Paris, le 09 juin 2020

 

 

 

Très chère Ame,

Te rencontrer n’est pas juste un terrible cadeau ; cela me semble, en vérité, un tour que me joue le Ciel.

Ne dit-on pas que l’Homme prévoit et que Dieu rit ?

Passer sa vie en quête d’absolu et puis tomber sur Toi.

Une soirée parmi tant d’autres, juste l’occasion d’une socialisation de plus.

Un jour sans couleur particulière et puis un coup de la grâce.

LA rencontre. Le sex-appeal, le cerveau le plus spectaculaire jamais imaginé, la beauté personnifiée…Mon cœur a définitivement chaviré.

Dans mes rêves les plus fous, jamais je n’aurais osé espérer plus belle connexion avec un autre.

Ton visage, ton corps, ta voix, rien chez toi qui n’incarne la perfection et n’inspire le sentiment amoureux le plus fou.

Quelques secondes en ta présence et toute ombre disparaît.

Aucune fibre de moi qui ne soit magnétisée, follement en vie. L’avenir auprès de toi aurait été le plus merveilleux des voyages.

J’aurais voulu passer ma vie à te chérir, rien n’aurait été plus riche, plus intense. La passion qui m’habite pour toi est indicible.

Mais, ma chère Ame, ce rêve n’est plus accessible pour moi qu’au tréfonds de mon être, dans mon cinéma intérieur.

Tout nous sépare aujourd’hui, mon amour. En vérité, tout nous avait séparé bien avant que de nous réunir.

Non pas les autres, ni les lois, fussent les lois divines.

Ces heures au milieu de la foule, dans ton énergie, mes flancs tout contre les tiens, seront mes compagnes jusqu’à mon dernier souffle.

Je dois te laisser maintenant, au milieu de mes larmes dont je ne sais si elles lavent ma peine ou baptisent mon espoir.

Dans quelques heures, mon Ame, la chirurgie aura réparé une erreur de notre mère nature et la terre découvrira mon véritable moi, désormais aligné avec l’enveloppe corporelle dans laquelle j’irai le monde, moi qui suis né dans un corps d’homme, avec un cœur de femme.

Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 4: Trouver le sujet

 

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Exercice Écrire un texte en partant d’une émotion que vous avez éprouvée, prenez cette émotion, dé-contextualisez la et re-contextualisez la dans une autre histoire.

Que s’est il passé Commandant?

Je ne sais pas Docteur. Je marchais vers le lieu où le corps a été découvert. Et j’ai été comme saisi.

 

Vous voulez dire attaqué ?

 

Non. Comme sidéré

 

Pensez-vous avoir eu une attaque?

 

Non non. Rien à voir

 

Peut-être une attaque de panique? Ce ne serait pas anormal commandant, ce crime est particulièrement violent et j’ajouterais même dégueulasses.

 

Non, Docteur. Rien de ce genre. Je me suis senti comme saisi, mais j’avais comme…comme..j’ai presque envie de dire un sentiment extrême de bien-être.
Un sentiment de flotter, de perdre contact avec le sol et la réalité. Comme dans du coton.

Le scanner est normal Commandant. Permettez-moi de vous reposer la question. Pas de drogue? De médicaments? Prenez-vous des psychotropes ? Peut-être des somnifères ?

 

Non, Docteur. Rien de tout ça je ne bois même pas d’alcool.
Et puis je n’ai jamais perdu connaissance. Je dirais même que je n’ai jamais été plus conscient.
Non. C’était comme, comme de tout comprendre, de voir tout depuis une autre perspective. C’est…difficile à expliquer.

Oui, enfin Commandant, c’est bien gentil tout ça mais vous êtes resté là-bas plusieurs heures, en fait près de 36 heures et les collègues qui vous ont trouvé sous la pluie battante assis dans cette forêt à quelques mètres de la scène de crime n’ont pas pris les choses à la légère. Ils ont inscrit dans leur rapport: état apparemment catatonique. Perte de conscience manifeste en l’absence de réaction aux stimuli. Yeux ouverts et non réactifs. Probable AVC.

 

Docteur, je vous assure je ne me suis jamais senti aussi bien.

 

C’est vrai que votre température était normale bien qu’il ait fait froid et que la pluie n’ait cessé de tomber. Vous étiez trempé quand vous avez été ramené ici.
Pas non plus de baisse de glycémie ni de déshydratation alors que selon toute vraisemblance vous n’avez rien mangé depuis…48 heures maintenant.
Pouls et ECG normaux.
Allez Commandant. Dites m’en plus. Vous savez que votre hiérarchie va vouloir faire un bilan psychiatrique.

Docteur, vous ne pouvez pas comprendre. Personne ne comprendra. Comment comprendre d’ailleurs. Je suis arrivé dans cette forêt, à quelques mètres de la scène de crime, la pluie tombait à grosse gouttes. Je frissonnais. L’image du corps découvert peu avant au fond de ma rétine je me demandais comment on avait pu faire subir tant de choses à une femme sans défense. Quel monstre avait pu commettre de telles horreurs. Une voix dans ma tête répétait sans discontinuer pardonne. Pardonne. Pardonne. Le salut du monde est dans ton pardon. J’étais bien déterminé à découvrir qui avait pu faire ça pour le trainer devant la justice des hommes et…la voix dans ma tête a ajouté la justice divine. Comme par réflexe, j’ai levé les yeux vers le ciel, mon visage dégoulinait et je respirais mal à cause de toute cette eau. C’est quand j’ai baissé la tête que j’ai senti que mon corps ne répondait plus, que je ne pouvais plus avancer. Puis je l’ai vue. Une lumière à la fois douce et plus forte que tout ce que j’avais jamais vu. Mais je n’étais pas ébloui. Je me suis senti flotter hors de mon corps ou plutôt c’est comme si toutes mes tensions avaient quitté mes muscles. J’étais bien. Je n’avais pas peur, au contraire j’ai ressenti un immense bien-être. Une sensation d’une douceur et d’une force joyeuse indescriptible. Et, vous ne comprendrez pas. J’ai senti de l’amour. Un immense amour m’enlaçait et en même temps il sortait de moi… Je….je me suis fondu dans cette lumière puis dans cette forêt, dans la terre et la pluie. J’ai comme …su, alors, que l’amertume et la rancœur étaient inutiles. Je me suis senti comme déchargé du fardeau de cette colère. Je…J’ai senti cette femme qu’on avait tué avec tant de barbarie…elle était sereine et heureuse. J’ai vu la scène où plutôt je l’ai ressentie. J’étais elle, j’étais lui, j’étais les arbres et la terre là où son sang avait coulé…Je… Je…Docteur, vous me dites que je suis resté 36 heures dans la forêt. J’ai perdu toute notion du temps. J’ai…vécu le plus intense moment de bonheur de ma vie. J’ai…je…je sais. Vous ne pouvez pas comprendre.

Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 3 – La recette de cuisine

 

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Prenez une recette de cuisine et faites en sorte que sous votre plume cette recette de cuisine devienne un texte d’écrivain.

Certains dimanches, le plus souvent en hiver pour autant que je me souvienne, la journée commençait dans la bonne odeur du Zöpf.

Il s’agit d’une belle brioche qu’on dit venir de suisse, dodue et dorée grâce au jaune d’un œuf.

Sa mie encore tiède, légère et bien filante, exhalait dans la maison son parfum de beurre, 100 grammes de ce lourd beurre de la ferme, fondu dans 300 ml de lait frais, que mon père était allé chercher au petit matin.

Je n’oublierai jamais la tendreté de la mie, blanche, aérée comme par magie par ces 15 g de levure maison que papa concoctait lui-même d’un peu de bière non pasteurisée et de 2 cuillères à soupe de farine dûment nourries durant 2 jours au bon sucre de canne.

J’étais assez matinale pour apercevoir le ventre dodu de la brioche sortant du four où elle avait acquis ses lettres de noblesse après 45 minutes de cuisson dans un four bien chauffé à 200 degrés, délicatement posée à mi-hauteur sur sa grille.

Je dormais pourtant trop profondément pour voir papa en assembler les ingrédients dans la jarre de famille héritée de sa grand-mère. Je ne le voyais pas mêler les 500 g de farine, le lait et son beurre fondu, la levure de son cru et deux œufs qu’une fois adulte je combinais, espérant reproduire la magie des dimanches de mon enfance.

La première tentative n’était guère convaincante. Ignorant que le secret de la recette consistait à entrelacer d’abord délicatement les ingrédients, puis de malaxer vigoureusement l’ensemble pour en assembler les molécules, pour finir par un combat de boxe déterminé consistant à battre énergiquement la matière presque vivante et lui faire donner tout ce qu’elle a.

J’avais pourtant bien accordé 2 bonnes heures de repos à ma pâte, elle sous son drap mouillé à l’abri dans un endroit tiède, moi m’occupant faussement dans le jardin où je buvais mon thé.

Lors du second essai, presque transformé, je découvrais le privilège d’avoir entre les doigts une pâte sensuelle, que je divisais en deux pâtons, en appréciant la fermeté, la souplesse et la cohérence, tandis que le four préchauffait, un bol d’eau diffusant délicatement sa vapeur ; Formant la croix de mes deux boudins, je dressais littéralement la brioche vers le haut, empilant successivement les 4 branches de la croix jusqu’à former cette figure gourmande de la tresse de mon enfance.

Mais grand Dieu, j’avais oublié le sel, ce généreux gramme de sel essentiel, dont la saveur me revenait en bouche au souvenir de la viennoiserie paternelle.

La troisième fois fut la bonne et le plaisir de napper le chef-d’œuvre prometteur d’un jaune d’œuf de poule fraichement pondu n’eût d’égal que la revisite des parfums de l’enfance tandis que le petit déjeuner gonflait nonchalamment dans son four.

Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 2 : Développez l’empathie

 

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Présentez un personnage que vous détestez et essayez de pratiquer de l’empathie sur ce personnage.

 

Pffff, j’en ai ras le bol de ces audiences, qu’est ce qu’on me veut avec ça ?

Le truc bien c’est que je profite de mon Tony.

Il est où d’ailleurs, tiens, il est pas arrivé encore.

Oh, j’ai mal, quand est ce qu’ils me retirent ces putain de menottes, mais qu’est ce qu’ils foutent ce matin.

Votre honneur, votre honneur, votre honneur, voooootre hoooooneeeeeurrre.

Votre horreur, oui, t’as vu la tête que t’as Monsieur le Juge !

J’ai faim, j’aurais dû prendre plus de porridge.

Faut dire qu’on est nourries dans cette tôle.

Qu’est ce qu’ils vont servir au déjeuner aujourd’hui ?

Voilà mon Tony, mon homme !

Ce qu’il est beau et fort.

Je le vois mal d’ici, et l’avocat qui me dit tout le temps de pas le fixer, de regarder l’autre horreur de juge là. Il est drôle lui, c’est mon homme, je le lâche pas mon homme, moi.

Ça doit faire mal, ces trucs en fer qu’il a aux pieds. Quand est ce qu’ils me retirent ces putain de menottes, ça me chauffe.

J’espère que ça va aller vite aujourd’hui, j’en peux plus de ces audiences, ce que c’est long, mais le truc bien c’est que je profite de mon Tony.

Gabriel Fernandez par ci, Gabriel Fernandez par-là, c’est son procès au gosse ou le mien ?

Ras le bol d’entendre parler de ce môme, va me gâcher la vie jusqu’au bout.

Même mort, il me pourrit la vie.

C’est plein de gens aujourd’hui, des journalistes partout, vont prendre des photos, et je suis mal coiffée, j’arrive à rien avec ça, j’ai pas de glace, l’avocate elle en a peut-être une ; Minimum syndical à la tôle, ils ont pris mon maquillage, on est pas là pour faire la belle qu’ils ont dit.

Tiens, les vieux sont pas venus aujourd’hui, faut croire qu’ils ont eu la honte hier, avec ce que le psy a raconté.

Enfance malheureuse elle a dit, et puis le choc là, traumatisée je suis qu’elle a dit la psy.

Les parents défaillants, alcoolique et droguée à 9 ans qu’elle a ajouté. Ah ah ah, ouais, ils étaient où les services sociaux !? Ralentie du développement qu’elle a dit. La honte les vieux.

C’est à cause d’eux que ce têtard de Gabriel nous a rendus dingo, l’ont mal élevé, j’ai bien fait de le reprendre.

J’ai faim, j’aurais dû prendre plus de porridge, faut dire qu’on est nourries dans cette tôle. Qu’est-ce qu’ils vont servir au déjeuner aujourd’hui ?

C’est quoi cette blonde, là ? Comment elle me regarde ! Ouais, c’est sûr mes cheveux ça va pas.

Merde, faut que je demande à Wendy d’arranger ça ce soir.

J’avais de beaux cheveux avant. J’ai toujours eu de beaux cheveux.

Ils font monter Tony avec le juge, chouette, pas besoin de me tordre le cou aujourd’hui.

Comme il est beau, et grand.

Il est fort mon Tony Aguirre. Ouais toutes les nanas le matent. Rêvez pas les gonzesses, Tony et moi c’est à la vie à la mort, c’est le mien c’t homme-là, on touche pas.

Ben je fais coucou si je veux votre horreur, tu vas faire quoi, me mettre en prison ah ah ah.

Voilà l’autre corbeau qui s’en mêle. La vérite….rien que la vérité…je le jure. La vérité c’est qu’il était chiant ce môme, en quelle langue faut leur dire. Toujours dans nos pattes, c’est la faute des parents ça, fallait toujours être après lui.

Si j’avais su, j’aurais dit à Wendy de faire quelque chose pour mes cheveux, j’aime pas qu’il me voit comme ça mon Tony.

Ce que c’est long.

Il a dit y en aura pour des semaines l’avocat.

Enfin, le plus dur est fait. On te fait raconter, encore, raconter sans arrêt, la même chose.

Pearl, dites-nous, à quel âge avez-vous commencé à prendre de la méta ? Est-ce que je sais, j’en ai toujours pris, pis les parents qui n’y voyaient que du feu.

Et avec Gabriel, que s’est-il passé ? Est-ce que vous avez été violente avec lui ? Non mais ils en ont de bonnes eux, ils savent pas ce que c’est ou quoi, d’élever des gosses ?

Putain, j’ai chaud.

Cette combinaison orange, c’est une fournaise.

Mais quand même, c’est bien de voir Tony, il est beau.

Il est fort aussi, tu parles, oui, ça, il est super fort, m’a même cassé un bras ce con.

L’avocat il a dit que Tony il m’accuse d’être, comment il a dit, la cervelle du crime. Pas compris de quoi il parlait. Jamais commis de crime. Pis mon homme m’accuse de rien. C’est mon homme Tony.

Rooo mais laissez-le donc raconter. Z’arrêtent pas de le couper.

Le type là, qu’ils ont choisi pour défendre le gamin, un vrai pantin. Et puis, il est mort Gabriel, plus rien à défendre, le grand n’importe quoi la justice.

Cet avocat, il est trop nul. Pas comme à la télé cette audience, pas d’objection votre honneur, je devrais le virer.

J’ai faim, j’aurais dû prendre plus de porridge, faut dire qu’on est nourries dans cette tôle. Qu’est-ce qu’ils vont servir au déjeuner aujourd’hui ?

Ben la revoilà qui me reluque la blonde là, qu’est ce qu’elle a avec sa coupe impec. Tu veux ma photo pétasse.

C’est pas elle qui sait ce que c’est d’avoir 4 gosses à nourrir puis leur père en prison. Qu’est ce qu’ils ont, maintenant, à me regarder comme ça !?

Et ça cause, ça cause, Monsieur Aguirre parlez nous des faits. Il était comment le petit Gabriel. Non mais ça va pas recommencer. Il était chiant, ce gosse, puis c’est tout.

J’étais bien sur cette photo, 21 ans quand il est né le ptit.

Jeune et sexy. Normal qu’il ait craqué mon Tony. Une vraie perle la Pearl ah ah ah

Les gosses ça te vieillit, mais moins que la tôle.

Tonton aussi m’avait trouvé à son goût ce vieux cochon, faut pas que j’y pense, me donne envie de crever ce truc, t’en deviendrais violente. Après tu supportes plus les cris des gosses.

Ouais, trop beau mon homme, avec lui ça filait droit les mouflets. Y a que Gabriel qui faisait que de l’énerver. J’y mettais une baffe au môme, pour qu’il se calme, ah ah ah mais pas moyen de lui apprendre le respect à lui. Et la fois où y a pas eu moyen de le mater, même dans le placard ça chouinait encore. Ce ptit con, un coup de BB gun et pis voilà qu’il a filé droit.

J’ai faim, j’aurais dû prendre plus de porridge, faut dire qu’on est nourries dans cette tôle. Qu’est-ce qu’ils vont servir au déjeuner aujourd’hui ?

 

Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 1 – Pourquoi avez-vous envie d’écrire

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J’aurais pu commencer en disant que, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu envie d’écrire.

Mais c’eut été inexact.

Il eut mieux fallu dire: d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit.

Mais cela aussi, eût été également inexact.

En vérité, c’est par amour, que j’ai eu envie d’écrire.

Mais pas d’abord l’amour des mots ; C’est par amour pour ma mère que j’ai d’abord eu envie d’écrire.

Ma mère lisait, toujours, en tout lieu, en tout temps, elle lisait et lisait et lisait. Elle en oubliait tout, les enfants dans leur berceau et le déjeuner sur le feu.

Intriguée, je pris donc un livre et m’asseyais à ses côtés: Bientôt, elle m’apprit à lire.

Pour retenir son attention, je rêvais désormais d’écrire moi-même ses livres.

Mon premier poème dira l’amour que mon père portait à ma mère.

Puis, enamourée des histoires que je lisais, je voulais raconter les miennes, et ma mère me lisait.

Toute chose écrite m’attirant irrésistiblement, à quatre pattes dans ma chambre d’enfant, je m’absorbais dans la confection d’une encyclopédie qui occuperait ma mère jusqu’à la fin des temps.

Entre temps, les contes succédaient aux légendes, et dans la bibliothèque, je furetai parmi les ouvrages : la poésie fit naître en moi l’amour des mots, les classiques l’amour du style.

Et ma mère inventa un jeu d’écriture : 10 lignes dans le style de l’auteur après avoir tourné la dernière page….mon cœur battait désormais pour les écrivains qui ne me séparaient plus de ma mère.

Puis ma mère nous quitta et mon journal, qui jusque-là disait mes rêves, devint le refuge de ma peine ; Et j’aimais exprimer mes émotions.

Etudiante, promenant partout mes valises de notes, je gribouillais à tout va : un projet de roman par ci, un recueil de poèmes par là.

La philosophie fit naître en moi l’amour des idées, les modernes l’amour de la liberté ; Et j’aimais exprimer mes pensées.

Avocat, promenant toujours mes dizaines de carnets, je rédigeais des essais, des conclusions, des mémoires, des tribunes.

Puis mes notes s’égarèrent, au gré de mes déménagements et puis d’une rupture. J’inscrivais mes mots dans un blog, comme pour les retenir.

La bible qui tombait entre mes mains il y a peu m’a donné l’amour de la parabole et la spiritualité l’amour de l’être.

La pandémie et son confinement m’ont rappelé à l’amour de la vie, mon journal est devenu un billet quotidien, partageant cet amour de vivre.

Aujourd’hui encore c’est par amour que j’ai envie d’écrire.

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 44 et 46

 

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Confinement – Jour 44 – Tout commence par soi-même.
Tout commence et tout s’arrête en soi-même. Je ne crois en rien qui ne commence par la responsabilité.
La moindre tension, les disputes, les incompréhensions, les insultes, les abus, les divergences, tout ce qui n’est pas l’harmonie et le bonheur, de même que tout ce qui est l’harmonie et le bonheur, agacent notre habilité à répondre.
S’exclure pour porter un jugement, se sentir au delà, au dessus, en dessous, c’est se couper de toute capacité d’agir.
Quoiqu’il se passe, le premier mouvement qui me soit naturel est de revenir à moi pour trouver en moi la réponse.
Je ne peux pas toujours agir, beaucoup des situations dont j’ai connaissance échappent à mon contrôle. Mon habilité à répondre sera alors seulement d’ordre émotionnel. Mais cette démarche d’inclusion est ma force.
Je ne délègue pas mon pouvoir à l’extérieur, je raffine en moi chacune des émotions que m’inspire le monde et son brouhaha.
En déterminant d’abord ce qui entre dans ma zone de contrôle et en décidant de me cultiver mon autonomie sur cette zone, j’ai pris conscience de tout ce que j’avais remis entre les mains d’autres. Mon bonheur abandonné à mes relations intimes, ma santé abandonnée au système de santé, mes revenus abandonnés à l’entreprise qui m’emploie, ma nourriture abandonnée à l’industrie, ma foi abandonnée à l’église, mon instruction abandonnée à l’éducation nationale…la liste est sans fin.
Ma voix, abandonnée aux élus….
Oups….
Voilà que je fais du militantisme.
Par cercles concentriques, depuis le noyau de chacune de mes cellules vers l’extérieur, je passe en revue tout ce qui constitue le tissu de mon existence et j’examine, je passe au crible, comment toucher du doigt, développer, exercer encore et encore mon pouvoir personnel.
Et je suis responsable de moi, habile à répondre, tout en réduisant ma dépendance et en admettant que je ne suis victime de rien à quoi je n’aie, d’une manière ou d’une autre, consenti ou contribué.
Lorsque ma colonne vertébrale sera assez forte pour que je puisse me projeter sans danger vers un extérieur plus lointain, je pourrai contribuer utilement et avec conviction à la vie d’une cité où nous mettrons en commun ce qui fait notre force plutôt que de s’en remettre à la force d’autres pour compenser ce que nous croyons être nos failles.
Confinement – Jour 42 – je n avais rien à dire, parce que j écoutais. Et je dois dire qu il y a, à nouveau, trop de bruit. Beaucoup trop de bruit. Vous entendez?! Je suis intéressée par les analyses, les recherches. Bien sûr les émotions sont fortes et elles doivent sortir d une manière ou d une autre. On essaie de tout contrôler. Tant individuellement que collectivement.
On en bave, on imagine le pire. Une société liberticide, un effondrement de l économie, la destruction de notre planète.
Des motifs d avoir peur nous en aurions tous. Ceux qui sont traumatisés par le confinement et ceux qui le sont par le déconfinement.
Mais j en ai vraiment assez.
Oui. J en ai assez du bruit.
Je respecte et je comprends. J adhère même quelque fois. Je m interroge. Je me renseigne. Je m inspire et je m imprègne.
Et j ai beau écouter, tous les points de vue, avec un esprit aussi ouvert que possible, je vois surtout un manque total de fraîcheur, une absence définitive de renouveau.
Je ne suis pas triste, ni même inquiète. Je constate. Je constate que très peu prennent le temps de valider au fond d eux-mêmes leurs théories avant de les envoyer voyager dans la tête des autres.
Une dimension, au moins une, manque toujours à toutes leurs analyses.
Laquelle me direz vous? N importe laquelle. Toujours une qui manque.
Le bruit ne cesse pas. Pendant 3 jours je me suis agitée au bruit du tambour des datas qui pénétraient en nombre dans mon cerveau. Aujourd’hui j ai compris qu écouter c était autre chose. Alors j écoute la voix de l intérieur, la petite voix au dedans. Elle est à peine audible pour celui qui ne s installe pas dans le calme de l inaction. En m’asseyant pour mieux l entendre, j ai vu passer dans mon esprit toutes sortes de sentiments équivoques. De la honte et la culpabilité, au soulagement et au besoin de ne faire que vivre. Tout ce qui a circulé dans ma tête n était pas toujours agréable ou joyeux au début. Finalement, je ne me suis pas reconnue dans ce fatras de pensées pop-up. Et la petite voix intérieure s est faite plus audible. Ou devrais je dire je me suis faite plus attentive à elle. Le bruit du dehors a cessé, du moins je l entends moins. Et tout est devenu simple. Et parfait

Confinement Jour 46 – Ni bienveillance, ni compassion.
Comme ces mots peuvent parfois m’agacer….Et je ne pensais pas parler de cela un jour. Mais cet après-midi, en écoutant un webinar, j’ai réalisé que j’avais manqué de bienveillance, voire de compassion, il y a quelques jours. Pourquoi ces mots, durant ce webinar, m’ont renvoyée à cette expérience personnelle? Est-ce que je me sens coupable? Est-ce que je m’en veux de quoi que ce soit? Est-ce qu’au contraire je sens que j’ai fait ce qui me convenait?
Mais vous êtes perdus, je vous raconte.
Je connais quelqu’un de bien, avec un potentiel manifeste, qui semble prise dans un béton de plus en plus figé, pleine de projets et d’images, pleine d’intuition et de rêves. Elle appartient à ces gens qui sentent en avance, qui ressentent fortement les changements et les besoins des humains et de leur environnement. Mais ses mots, ses rêves, ses intuitions, ne semblent jamais vouloir prendre forme. Et elle en souffre. En pointant du doigt ce qu’elle ne sait que trop, en refusant d’entrer dans ce que j’ai cru être une logique de complainte stérile, je crois avoir fait preuve de dureté.
Que s’est-il passé?
Pourquoi ai-je envie d’en discuter maintenant?
Parce qu’en ce moment deux forces se font face dans nos vies, me semble-t-il.
D’un côté cette distanciation physique imposée qui va jusqu’à nous retenir chez nous et crée, nécessairement, le manque de l’autre.
De l’autre côté nos moyens de communication, précieux, qui facilitent peut-être un mode d’échanges que je qualifierais d’intrusif.
Lorsque nous rencontrons un ami autour d’un verre ou d’un repas, il peut sentir intuitivement que l’on n’est pas en mesure d’absorber une information qu’il aurait voulu partager. Il fait le choix de la partager tout de même, ou pas, ou de la partager autrement.
Lorsque nous envoyons un sms, que savons nous de l’état dans lequel se trouve le destinataire? Et j’allais dire, dans beaucoup de cas à l’heure actuelle, LES destinataires.
Alors tant que l’on envoie des branches de muguet, des voeux de bonne santé ou des soleils et des coeurs, il n’y a guère de risque.
Mais lorsqu’on adresse à un “ami” (au sens plus ou moins propre du terme) un mot lourd, plein de peine, de souffrance, de doute et de malheur, ne prenons nous pas la responsabilité de perturber son état, d’aggraver sa détresse?
Je me suis souvent sentie le réceptacle des agacements, des humeurs, des tempêtes, au motif m’a-t-on dit une fois que “je vais toujours bien”. C’est évidemment faux. Je veux dire que je vais toujours bien. Mais peut-être est-ce assez faux également je suis le réceptacle de quoi que ce soit. Et précisément…
Je me suis souvent trouvée seule à digérer le malheur exprimé d’un proche, totalement démunie face à la tempête d’émotions qu’il avait semé en moi. Vous me direz, j’aurais pu vider mon sac dans l’oreille aimante d’un autre proche, la belle affaire!!!
Finalement, le plus dommage dans cette histoire c’est que je comprends ce soir, en écoutant ce webinar, que certains projets magnifiques ne voient pas le jour parce que leur créateur est trop en souffrance dans la matière pour “donner corps” à leurs rêves et que souvent, ils ont dans leur corps justement la marque de graves traumatismes. Elle est mal tombée ce jour là, ne pas répondre aurait sans doute été plus judicieux.
J’ai cruellement manqué d’empathie, de bienveillance mais surtout d’intelligence ce soir là.
Ce soir là, j’ai malmené cet interlocuteur en détresse. Parce que je ne comprends pas le mode de communication qui s’instaure de plus en plus fréquemment. Cet envoi aveugle et parfois en nombre de messages aux sources et aux contenus perturbants, sinon douteux.
Parce que je pensais naïvement pouvoir communiquer librement ma pensée. Ce qui semble de nos jours de plus en plus délicat, même en cercle restreint.
Parce que je trouve étrange d’écrire un soir, après 40 jours de confinement et de silence, un message tragique. Nous devons bien sûr restés solidaires les uns des autres, mais n’est-ce pas réciproque? N’est il pas quelque peu dangereux de ne pas veiller à l’équilibre de nos destinataires par les temps qui courent?
Parce que la communication n’est pas une mince affaire. Nous le vivons, l’observons, le souffrons même en ce moment.
Oui, j’aurais pu faire le choix de ne pas répondre, ce que je fais de plus en plus souvent d’ailleurs, mais il est peut être bon aussi de réfléchir à ce que nous écrivons avant de presser sur “envoyer”.

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 40 et 42

 

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Confinement – Jour 42 – je n avais rien à dire, parce que j écoutais. Et je dois dire qu il y a, à nouveau, trop de bruit. Beaucoup trop de bruit. Vous entendez?! Je suis intéressée par les analyses, les recherches. Bien sûr les émotions sont fortes et elles doivent sortir d une manière ou d une autre. On essaie de tout contrôler. Tant individuellement que collectivement.
On en bave, on imagine le pire. Une société liberticide, un effondrement de l économie, la destruction de notre planète.
Des motifs d avoir peur nous en aurions tous. Ceux qui sont traumatisés par le confinement et ceux qui le sont par le déconfinement.
Mais j en ai vraiment assez.
Oui. J en ai assez du bruit.
Je respecte et je comprends. J adhère même quelque fois. Je m interroge. Je me renseigne. Je m inspire et je m imprègne.
Et j ai beau écouter, tous les points de vue, avec un esprit aussi ouvert que possible, je vois surtout un manque total de fraîcheur, une absence définitive de renouveau.
Je ne suis pas triste, ni même inquiète. Je constate. Je constate que très peu prennent le temps de valider au fond d eux-mêmes leurs théories avant de les envoyer voyager dans la tête des autres.
Une dimension, au moins une, manque toujours à toutes leurs analyses.
Laquelle me direz vous? N importe laquelle. Toujours une qui manque.
Le bruit ne cesse pas. Pendant 3 jours je me suis agitée au bruit du tambour des datas qui pénétraient en nombre dans mon cerveau. Aujourd’hui j ai compris qu écouter c était autre chose. Alors j écoute la voix de l intérieur, la petite voix au dedans. Elle est à peine audible pour celui qui ne s installe pas dans le calme de l inaction. En m’asseyant pour mieux l entendre, j ai vu passer dans mon esprit toutes sortes de sentiments équivoques. De la honte et la culpabilité, au soulagement et au besoin de ne faire que vivre. Tout ce qui a circulé dans ma tête n était pas toujours agréable ou joyeux au début. Finalement, je ne me suis pas reconnue dans ce fatras de pensées pop-up. Et la petite voix intérieure s est faite plus audible. Ou devrais je dire je me suis faite plus attentive à elle. Le bruit du dehors a cessé, du moins je l entends moins. Et tout est devenu simple. Et parfait
Confinement – Jour 40 – Nous pouvons désormais appeler les choses par leur nom.
Il n’est plus de confinement pour nous, parlons de quarantaine. Pas la quarantaine joyeuse, celle des cheveux blancs et du début de la sagesse.
Non, la quarantaine, la vraie, l’ancienne, la moyen-âgeuse.
Disons désormais ce qui est derrière les mots, car les mots disent vraiment beaucoup plus que ce que nous voulons bien entendre.
Jouons, mots croisés, jeux de maux….
Ce qui importe, devient matière…..nos mots sont sources de manifestation. Cessons de dire et dire et dire sans attention.
Ce qui a de l’importance, s’inscrit dans le mental….nos mots s’enracinent en nous. Méfions nous de ce que nous laissons entrer dans nos pensées.
Lorsque nous n’entrons pas en nous, nous avançons ‘sans’ et souffrons de manque et de privation. Choisissons avec attention le lieu depuis lequel nous agissons, pensons, parlons.
Lorsque nous condamnons, nous nous damnons avec ce que nous ne voulons pas. Soyons attentifs à ce à quoi nous nous associons.
Lorsque nous nous souvenons, nous nous regroupons, nous faisons l’unité. Faisons l’effort de revenir à la source.
Lorsque nous réagissons, nous activons une ancienne action, nous ré-activons. Essayons de tout notre coeur de créer quelque chose de neuf, d’agir depuis un point d’équilibre et de neutralité.
Si la récréation est une création neuve, si l’âme est le souffle qui anime, si l’amour et les Dieux ont la même racine, celle du ventre maternel, et si ce qui nous ressemble nous plaît, tout n’est pas perdu.
Ce qui n’est pas aisé est maladif, mais l’incurable est peut-être ce qui se guérit de l’intérieur et l’impossible ce qui est en potentiel en nous.
La posture du corps marque son empreinte sur nos humeurs, notre enthousiasme rend les choses aisées et je nourris et protège ce qui m’est cher.
Oui, oui, oui, je nourris et protège ce qui m’est cher. Et ce qui m’est cher me le rend bien.

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 38 et 39

 

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Confinement – Jour 39 – Tout ce qui vibre.
Christiane Singer a écrit un roman magnifique intitulé Tout ce qui brûle. Un grand ami, décédé en novembre 2018, m’a offert ce livre pour lequel il avait eu plus qu’un coup de coeur. C’était pour lui un geste fondamental, se sachant malade, de transmettre un peu de ce moment d’intensité. A travers ce cadeau il allait m’offrir beaucoup plus qu’une collection de mots. Avec ce livre, j’ai rencontré un écrivain qui ne m’a plus quittée, une âme qui parle à la mienne, un coeur immense et pur, un regard sur la vie, le vivant, l’esprit qui m’ont séduite.
Toute ma sensibilité a été développée, exacerbée, légitimée, par les mots de cette écrivain, elle est venue s’installer au panthéon de ceux que je considère comme mes frères et soeurs par l’esprit.
Les mots sont comme de petits bagages dans lesquels nous fourrons souvenirs, pensées, impressions. Ils convoquent notre passé, nous plongent dans notre histoire.
Mais, tournez-les sur le côté et vous excavez alors les symboles qui vous étaient dissimulés. Au delà de vous, bien avant vous, des petits poucet ont laissé des indices, de petits cailloux minuscules, pour vous permettre de remonter le chemin. Ce chemin mène aux racines de ce mot, non, pas son étymologie, pas seulement, pas toujours. Ce chemin vous donne accès aux clés profondes du langage, à son sens mystique, à ce que les mots ont VRAIMENT à vous dire.
Les mots vibrent, aussi, ils ont tant de facettes. Les mots chantent une énergie qui vous pénètre. Ils émettent des ondes qui transmutent, qui alchimisent.
Le monde que l’on dit peut être transmuté par les mots que l’on pose sur lui.
Bien sûr, les mots sont des symboles qui nous permettent de représenter le monde par une suite d’associations; Il est aisé de sentir en soi tout ce que les mots appellent à nouveau, extraient, de notre ordinateur central.
Il est moins évident d’en percevoir la vibration, car elle communique avec une partie de nous emmurée dans le béton.
Mais si l’on enfourche ce cheval là et que l’on est déterminé à tenter l’aventure, la vibration devient un mode de penser, un mode de parler, un mode de vivre. D’une certaine manière elle devient vous.
C’est en cuisinant que j’ai pu constater que les mots avaient ouvert en moi la perception de ce qui vibre.
J’ai pu sentir, voir, palper la différence entre ce qui vit/vibre et ce qui ne vibre plus.
Alors, pétrir le pain, la brioche, éplucher le légume, prend une toute autre dimension, pour ne pas dire sa dimension.
Confinement – Jour 38 – de quoi sont faits les rêves?
Je n ai jamais cessé de croire aux fées, aux esprits de la forêt et aux super pouvoirs. Ou devrais-je dire, je n’ai jamais cessé de voir les fées, de parler aux esprits de la forêt et d’utiliser mes super pouvoirs.
Plusieurs réalités se superposent dans mon regard et je me raconte des tas d histoires. Les contes ne sont pas toujours plus fantastiques que le reste vous savez.
Je me fais mon cinéma aussi, sur grand écran encore, s il vous plaît.
Les fables, les paraboles, les romans, les légendes, la poésie quoi de mieux pour vivre et mourir au milieu des hommes? Rugir plutôt que soupirer, remonter ses jupes pour un pas de danse et lâcher ses cheveux, plutôt que de faire sagement ses devoirs.
Au fond je suis désolée pour tous ces grands enfants qui ne croient plus au Père Noël et se moquent de ceux qui parlent aux arbres.
Celui qui est sage pour les uns est peut-être fou pour les autres. De tout temps l homme a lu dans les étoiles, le marc de café, le sang. De tout temps l homme a senti le rythme de la terre, humé le vent pour deviner la pluie. De tout temps l homme a interrogé les esprits pour deviner son destin.
Depuis quand avons nous remplacer les astres par les strass? Depuis quand le béton a t il remplacé la plaine? Depuis quand les nuits sont elles plus lumineuses que les jours?
Pendant des dizaines de milliers d annees nous avons nourri nos âmes au contact de la Nature, de la Terre, sous l œil bienveillant du Ciel, en compagnie des Etres de l autre monde. Puis les immeubles ont poussé là où poussaient les arbres et le coeur de l Homme a battu moins vite. Prisonnier dans une cage de plus en plus petite pour lui, ce cœur a cessé d être notre boussole. Dieu que nous sommes sages, et combien notre sagesse est petite. Depuis que nous nous pensons civilisés, nous portons de beaux vêtements propres et repassés, nous mangeons des produits sans vie préparés par des machines. Nous sommes beaux et bien coiffés, nous déplaçons à la vitesse de la lumière.
Les fées et les esprits de l eau, de l air, du feu et de la terre frappent désespérément à nos portes. Ah ça, ils ont la paix, comme les anges et les lutins. Mais loin d avoir la paix qu ils souhaitent, ils volent vos clés et font sauter vos ampoules. Ils visitent vos rêves et parlent par la bouche de vos enfants. Avec condescendance vous repoussez vos petits. Vous dodelinez sans doute en lisant mes mots.
Mais le monde des fées, celui où les fleurs sont des commères et où les Ancêtres nous visitent n est pas celui des rêves.
Tout autour de nous un monde de joie et de douceur, fait de rire et de chants réclame notre attention.

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 36 et 37

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Confinement – Jour 37 – ohlala, mais c est quoi ce bin’s ?! Ça fuse!!
Plus ça va et moins ça va! On se dėconfine, on met son masque n importe comment, on pianotte son téléphone avec ses gants avant de le porter à sa bouche, on reparle de grippette…et puis le Faoult ou pas le Faoult. Le 11 mai ou pas le 11 mai…
La liste est trop super mega longue pour que je la dresse ce soir, je tombe de fatigue.
Aucun de ces événements ne m étonne. Ce qui m étonne en revanche est qu on s en étonne. Les queues au Mc Do, les jeunes en train de tenir les murs en groupe. Je n ai qu une question. Vous êtes sérieux ?! Vous êtes surpris, pour de vrai?!
Rien de ce qui traverse nos routes qui n ait ses racines dans le passé, pourtant. J ai souvent dit que nos enfants sont le fruits de ce que nous avons construit. Les événements aussi sont nos enfants. Et c est ce que je trouve tellement fort d enseignement aujourd’hui. Après toutes ces années de grand n importe quoi on ne peut pas s étonner.
Je regrette tellement que tout ceci coûte des vies, mais aussi des emplois, et fasse autant de dégâts mais là aussi, quelle étrange chose que de s en étonner.
Pour que demain soit autre chose, plus proche de ce que j aime, j ai posé une couverture sur mon balcon, allumé une bougie et joué du bol tibétain à la nouvelle lune. J ai planté les graines d un avenir vibrant et coloré.
J y suis déjà, merci, c est fait.

 

 

 

Confinement – Jour 36 – What you resist persists.
En d’autres termes, l’énergie va là où tu mets ton attention.
Mais qu’est ce qu’elle a, ce soir, Maud!!!??? Ça y est, on l’a perdue.
Alors, non, vous ne m’avez pas perdue, je n’ai pas, non plus,”pété les plombs”, je vais vous expliquer.
Il est normal de s’opposer à ce avec quoi l’on n’est pas d’accord, ou pas.
Il est normal de lutter contre la faim dans le monde, la guerre, la pollution, le meurtre, le viol, l’abus, la mauvaise gestion des hôpitaux, des masques, la faillite, la crise, ou pas.
Il est lâche de ne pas s’élever contre l’injustice, ou pas.
Je crois que nous savons tous que si l’on veut faire un régime, mieux vaut ne pas penser toute la journée à la nourriture. Que pour arrêter de fumer, mieux vaut ne pas penser toute la journée à la cigarette.
Pour lutter contre l’injustice, oeuvrons pour la justice. Pour lutter contre la faim, nourrissons le monde. Pour lutter contre la peur, apportons de l’amour (oui…encore lui!).
Je lis tant de choses, j’entends tant de rumeurs, le murmure se renforce et m’assourdit.
Je me refuse à la révolte, celle qui casse tout et propose souvent la même chose dans une autre couleur.
Je me refuse au pessimisme, celui qui éteint la lumière.
Pour chasser les ténèbres, je vous l’ai déjà dit, allumons une bougie ou mieux, soyons la lumière.
L’ombre est l’absence de lumière, la peur est l’absence d’amour. Ces choses n’ont pas de définition intrinsèque, elles sont l’absence de quelque chose d’autre, de leur contraire.
Cessons de dire non pour dire non, commençons à dire non pour dire oui, proposons mieux, donnons l’exemple, créons des alternatives magnétiques qui éloigneront l’attention et l’intérêt pour ce dont nous ne voulons plus.
Changeons les mots, changeons l’histoire que nous nous racontons, changeons la vibration de nos intentions. Regardons à quel point le beau est beau pour transmuter ce qui nous semblait laid.
Personne n’avait penser cette crise? Ne la pensons pas, construisons la suite de l’histoire. De quoi ne voulons-nous plus? Sommes nous en phase avec nos valeurs, vous savez, celles qui ouvrent nos coeurs, font couler les larmes de joie, celles qui nous servent de fondations? Ou sommes nous emprisonnés dans nos croyances (clin d’oeil à Muriel)?
La boucle est bouclée, proposons des plans de déconfinement (clin d’oeil à mon frère qui y travaille), prenons nos responsabilités, voyons là où nous pouvons agir, un pas après l’autre, dans la douceur et la détermination. Qu’attendons nous? Toujours prêts à déléguer à d’autres les décisions fondamentales qui nous touchent? A attendre la pilule miracle pour dormir, guérir, sourire? A attendre les aides, les soutiens, les mains tendues de gens à des milliers d’années lumière de nous? Les contrats ne sont jamais perpétuels, rompons ceux qui nous pèsent.
Pour construire à notre échelle la vie qui résonne en nous, celle qui fait raison, celle qui n’a pas besoin de pourquoi comme le disait si joliment Alexandre Jollien ce matin.
Nourrissons de notre attention ce que nous voulons voir grandir et laissons mourir de notre mépris ce dont nous voulons nous libérer.

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 33 et 35

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Confinement – Jour 35 – Energies extraordinaires.
Je n’ai pas écrit hier. Les maux de tête se sont déclenchés vers 13h30 et je dormais à 19h. Rien de grave, rien de ce que nous redoutons tous, je vous rassure.
Juste une impression d’être une coquille de noix sur le fleuve des énergies qui traversent notre Terre. C’est si dense!!
Mon hypersensibilité me rend peut être plus réceptive aux pensées de peur et de colère qui flottent tout autour de nous.
Ou alors est-ce que je ressens fortement les mouvements des étoiles? La nouvelle lune n’est pas loin….une lune spéciale…une lune de forte influence.
Ce matin, en tout cas, le ciel était bleu et le soleil brillait ET je pouvais à nouveau les voir.
Après avoir fait la liste des bienfaits que la Vie m’a dispensés, après avoir senti en moi une profonde sérénité grâce à la Terre qui me soutient de manière indéfectible, j’ai remis un sourire sur mes lèvres et me suis installée pour faire 30 minutes de yoga. Mes épaules étaient lourdes, ma nuque tendue. Je savais à nouveau écouter au fond de moi, en oubliant le bruit mental et le bruit du dehors, les injonctions insupportables auxquelles nous sommes sans cesse soumis, y compris tranquillement enfermés chez nous.
Je n’ai de cesse de penser à la liberté, à la véritable liberté, à l’enjeu qu’est notre liberté.
En tant qu’avocat cela pourrait sembler normal, mais ça n’a rien de professionnel. Je pense seulement à ces ailes dans mon dos qui ne demandent qu’à se déployer et qui tirent sur mes épaules. Ces ailes que j’ai laissées couper au nom de l’appartenance. Ces ailes enduites du goudron de mes héritages, de mes souvenirs, des croyances absorbées sans discernement et souvent par amour.
Il est aisé d’imaginer que des forces mues par des intérêts qui ne peuvent être révélés ne nous veulent pas du bien. Mais le travail leur est facilité par des années, des siècles d’abrutissement, de manque de discernement, d’inconscience, de sommeil, d’hypnose.
Si tu veux changer le monde, commence par toi-même. J’y travaille, en acceptant qu’en tant qu’être de la nature, ses cycles, ses secousses, ses flux m’affectent et en tentant de n’écouter que ces besoins primaires de repos et de respect lorsqu’ils se manifestent à moi.
Confinement – Jour 33 – LOVE IS THE ANSWER
Douce, douce, douce journée. Je voudrais vous parler d’amour.
Je m’y suis toujours beaucoup (trop) intéressée.
Nous n’avons qu’un mot pour en parler, il est de ces mots magiques, plus puissant qu’un SESAME, qui a pris l’eau, a été traîné dans la boue après avoir pris la poussière et, dans de nombreuses circonstances, s’en est trouvé exsangue.
De beaux livres nous éclairent sur ce qu’il pourrait être ( LOVE : A HISTORY- Simon MAY), ce qu’en a fait notre société (Pourquoi l’amour fait mal : Eva ILLOUZ), etc etc….
Le cinéma quand il n’en parle pas exclusivement, ne manque jamais de nous en glisser une petite part (même lorsque le scénario ne s’y prête pas). La musique le porte aux nues. La littérature le décline. L’art le sublime.
Le mot aux milles visages, y compris les plus laids. Le mots aux millions de formes, y compris les plus inattendus.
On ne peut que s’extasier devant toutes les nuances (n’y voyez aucune allusion aux 50 bien connues) de ce petit mot de 5 lettres, dont l’usage n’implique pas l’usure.
L’amour est comme la lumière, il chasse les ténèbres.
Il est l’Energie (oui, avec un grand “E”) qui tient le monde en un seul morceau. A mes yeux il est l’Energie dont est constitué l’Univers.
Il sert en toutes circonstances, il s’applique à tout objet, il éclaire tous les chemins et allège tous les fardeaux.
J’adore l’amour. J’aime aimer, j’aime quand il sature l’atmosphère, j’aime quand il sature mes cellules.
Quelques notes, une touche de couleur, un mot……comme un fétu de paille bien sèche, mon réservoir d’amour ne demande qu’à s’enflammer.
Lorsque les âmes sont troublées, tout comme les temps, ainsi qu’il ne sert à rien de chasser les ténèbres à grands coups de balais, la peur n’a qu’un seul remède.
Lui, lui, encore lui, le mot aux milles visages et aux millions de formes.