Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 5: Déployer le sujet

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CHAPITRE VI

ler exercice : Trouvez un élément perturbateur très intime dans une rencontre amoureuse entre un homme et une femme et imaginez l’histoire que cela peut être.

Paris, le 09 juin 2020

 

 

 

Très chère Ame,

Te rencontrer n’est pas juste un terrible cadeau ; cela me semble, en vérité, un tour que me joue le Ciel.

Ne dit-on pas que l’Homme prévoit et que Dieu rit ?

Passer sa vie en quête d’absolu et puis tomber sur Toi.

Une soirée parmi tant d’autres, juste l’occasion d’une socialisation de plus.

Un jour sans couleur particulière et puis un coup de la grâce.

LA rencontre. Le sex-appeal, le cerveau le plus spectaculaire jamais imaginé, la beauté personnifiée…Mon cœur a définitivement chaviré.

Dans mes rêves les plus fous, jamais je n’aurais osé espérer plus belle connexion avec un autre.

Ton visage, ton corps, ta voix, rien chez toi qui n’incarne la perfection et n’inspire le sentiment amoureux le plus fou.

Quelques secondes en ta présence et toute ombre disparaît.

Aucune fibre de moi qui ne soit magnétisée, follement en vie. L’avenir auprès de toi aurait été le plus merveilleux des voyages.

J’aurais voulu passer ma vie à te chérir, rien n’aurait été plus riche, plus intense. La passion qui m’habite pour toi est indicible.

Mais, ma chère Ame, ce rêve n’est plus accessible pour moi qu’au tréfonds de mon être, dans mon cinéma intérieur.

Tout nous sépare aujourd’hui, mon amour. En vérité, tout nous avait séparé bien avant que de nous réunir.

Non pas les autres, ni les lois, fussent les lois divines.

Ces heures au milieu de la foule, dans ton énergie, mes flancs tout contre les tiens, seront mes compagnes jusqu’à mon dernier souffle.

Je dois te laisser maintenant, au milieu de mes larmes dont je ne sais si elles lavent ma peine ou baptisent mon espoir.

Dans quelques heures, mon Ame, la chirurgie aura réparé une erreur de notre mère nature et la terre découvrira mon véritable moi, désormais aligné avec l’enveloppe corporelle dans laquelle j’irai le monde, moi qui suis né dans un corps d’homme, avec un cœur de femme.

Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 4: Trouver le sujet

 

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Exercice Écrire un texte en partant d’une émotion que vous avez éprouvée, prenez cette émotion, dé-contextualisez la et re-contextualisez la dans une autre histoire.

Que s’est il passé Commandant?

Je ne sais pas Docteur. Je marchais vers le lieu où le corps a été découvert. Et j’ai été comme saisi.

 

Vous voulez dire attaqué ?

 

Non. Comme sidéré

 

Pensez-vous avoir eu une attaque?

 

Non non. Rien à voir

 

Peut-être une attaque de panique? Ce ne serait pas anormal commandant, ce crime est particulièrement violent et j’ajouterais même dégueulasses.

 

Non, Docteur. Rien de ce genre. Je me suis senti comme saisi, mais j’avais comme…comme..j’ai presque envie de dire un sentiment extrême de bien-être.
Un sentiment de flotter, de perdre contact avec le sol et la réalité. Comme dans du coton.

Le scanner est normal Commandant. Permettez-moi de vous reposer la question. Pas de drogue? De médicaments? Prenez-vous des psychotropes ? Peut-être des somnifères ?

 

Non, Docteur. Rien de tout ça je ne bois même pas d’alcool.
Et puis je n’ai jamais perdu connaissance. Je dirais même que je n’ai jamais été plus conscient.
Non. C’était comme, comme de tout comprendre, de voir tout depuis une autre perspective. C’est…difficile à expliquer.

Oui, enfin Commandant, c’est bien gentil tout ça mais vous êtes resté là-bas plusieurs heures, en fait près de 36 heures et les collègues qui vous ont trouvé sous la pluie battante assis dans cette forêt à quelques mètres de la scène de crime n’ont pas pris les choses à la légère. Ils ont inscrit dans leur rapport: état apparemment catatonique. Perte de conscience manifeste en l’absence de réaction aux stimuli. Yeux ouverts et non réactifs. Probable AVC.

 

Docteur, je vous assure je ne me suis jamais senti aussi bien.

 

C’est vrai que votre température était normale bien qu’il ait fait froid et que la pluie n’ait cessé de tomber. Vous étiez trempé quand vous avez été ramené ici.
Pas non plus de baisse de glycémie ni de déshydratation alors que selon toute vraisemblance vous n’avez rien mangé depuis…48 heures maintenant.
Pouls et ECG normaux.
Allez Commandant. Dites m’en plus. Vous savez que votre hiérarchie va vouloir faire un bilan psychiatrique.

Docteur, vous ne pouvez pas comprendre. Personne ne comprendra. Comment comprendre d’ailleurs. Je suis arrivé dans cette forêt, à quelques mètres de la scène de crime, la pluie tombait à grosse gouttes. Je frissonnais. L’image du corps découvert peu avant au fond de ma rétine je me demandais comment on avait pu faire subir tant de choses à une femme sans défense. Quel monstre avait pu commettre de telles horreurs. Une voix dans ma tête répétait sans discontinuer pardonne. Pardonne. Pardonne. Le salut du monde est dans ton pardon. J’étais bien déterminé à découvrir qui avait pu faire ça pour le trainer devant la justice des hommes et…la voix dans ma tête a ajouté la justice divine. Comme par réflexe, j’ai levé les yeux vers le ciel, mon visage dégoulinait et je respirais mal à cause de toute cette eau. C’est quand j’ai baissé la tête que j’ai senti que mon corps ne répondait plus, que je ne pouvais plus avancer. Puis je l’ai vue. Une lumière à la fois douce et plus forte que tout ce que j’avais jamais vu. Mais je n’étais pas ébloui. Je me suis senti flotter hors de mon corps ou plutôt c’est comme si toutes mes tensions avaient quitté mes muscles. J’étais bien. Je n’avais pas peur, au contraire j’ai ressenti un immense bien-être. Une sensation d’une douceur et d’une force joyeuse indescriptible. Et, vous ne comprendrez pas. J’ai senti de l’amour. Un immense amour m’enlaçait et en même temps il sortait de moi… Je….je me suis fondu dans cette lumière puis dans cette forêt, dans la terre et la pluie. J’ai comme …su, alors, que l’amertume et la rancœur étaient inutiles. Je me suis senti comme déchargé du fardeau de cette colère. Je…J’ai senti cette femme qu’on avait tué avec tant de barbarie…elle était sereine et heureuse. J’ai vu la scène où plutôt je l’ai ressentie. J’étais elle, j’étais lui, j’étais les arbres et la terre là où son sang avait coulé…Je… Je…Docteur, vous me dites que je suis resté 36 heures dans la forêt. J’ai perdu toute notion du temps. J’ai…vécu le plus intense moment de bonheur de ma vie. J’ai…je…je sais. Vous ne pouvez pas comprendre.

Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 3 – La recette de cuisine

 

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Prenez une recette de cuisine et faites en sorte que sous votre plume cette recette de cuisine devienne un texte d’écrivain.

Certains dimanches, le plus souvent en hiver pour autant que je me souvienne, la journée commençait dans la bonne odeur du Zöpf.

Il s’agit d’une belle brioche qu’on dit venir de suisse, dodue et dorée grâce au jaune d’un œuf.

Sa mie encore tiède, légère et bien filante, exhalait dans la maison son parfum de beurre, 100 grammes de ce lourd beurre de la ferme, fondu dans 300 ml de lait frais, que mon père était allé chercher au petit matin.

Je n’oublierai jamais la tendreté de la mie, blanche, aérée comme par magie par ces 15 g de levure maison que papa concoctait lui-même d’un peu de bière non pasteurisée et de 2 cuillères à soupe de farine dûment nourries durant 2 jours au bon sucre de canne.

J’étais assez matinale pour apercevoir le ventre dodu de la brioche sortant du four où elle avait acquis ses lettres de noblesse après 45 minutes de cuisson dans un four bien chauffé à 200 degrés, délicatement posée à mi-hauteur sur sa grille.

Je dormais pourtant trop profondément pour voir papa en assembler les ingrédients dans la jarre de famille héritée de sa grand-mère. Je ne le voyais pas mêler les 500 g de farine, le lait et son beurre fondu, la levure de son cru et deux œufs qu’une fois adulte je combinais, espérant reproduire la magie des dimanches de mon enfance.

La première tentative n’était guère convaincante. Ignorant que le secret de la recette consistait à entrelacer d’abord délicatement les ingrédients, puis de malaxer vigoureusement l’ensemble pour en assembler les molécules, pour finir par un combat de boxe déterminé consistant à battre énergiquement la matière presque vivante et lui faire donner tout ce qu’elle a.

J’avais pourtant bien accordé 2 bonnes heures de repos à ma pâte, elle sous son drap mouillé à l’abri dans un endroit tiède, moi m’occupant faussement dans le jardin où je buvais mon thé.

Lors du second essai, presque transformé, je découvrais le privilège d’avoir entre les doigts une pâte sensuelle, que je divisais en deux pâtons, en appréciant la fermeté, la souplesse et la cohérence, tandis que le four préchauffait, un bol d’eau diffusant délicatement sa vapeur ; Formant la croix de mes deux boudins, je dressais littéralement la brioche vers le haut, empilant successivement les 4 branches de la croix jusqu’à former cette figure gourmande de la tresse de mon enfance.

Mais grand Dieu, j’avais oublié le sel, ce généreux gramme de sel essentiel, dont la saveur me revenait en bouche au souvenir de la viennoiserie paternelle.

La troisième fois fut la bonne et le plaisir de napper le chef-d’œuvre prometteur d’un jaune d’œuf de poule fraichement pondu n’eût d’égal que la revisite des parfums de l’enfance tandis que le petit déjeuner gonflait nonchalamment dans son four.

Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 2 : Développez l’empathie

 

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Présentez un personnage que vous détestez et essayez de pratiquer de l’empathie sur ce personnage.

 

Pffff, j’en ai ras le bol de ces audiences, qu’est ce qu’on me veut avec ça ?

Le truc bien c’est que je profite de mon Tony.

Il est où d’ailleurs, tiens, il est pas arrivé encore.

Oh, j’ai mal, quand est ce qu’ils me retirent ces putain de menottes, mais qu’est ce qu’ils foutent ce matin.

Votre honneur, votre honneur, votre honneur, voooootre hoooooneeeeeurrre.

Votre horreur, oui, t’as vu la tête que t’as Monsieur le Juge !

J’ai faim, j’aurais dû prendre plus de porridge.

Faut dire qu’on est nourries dans cette tôle.

Qu’est ce qu’ils vont servir au déjeuner aujourd’hui ?

Voilà mon Tony, mon homme !

Ce qu’il est beau et fort.

Je le vois mal d’ici, et l’avocat qui me dit tout le temps de pas le fixer, de regarder l’autre horreur de juge là. Il est drôle lui, c’est mon homme, je le lâche pas mon homme, moi.

Ça doit faire mal, ces trucs en fer qu’il a aux pieds. Quand est ce qu’ils me retirent ces putain de menottes, ça me chauffe.

J’espère que ça va aller vite aujourd’hui, j’en peux plus de ces audiences, ce que c’est long, mais le truc bien c’est que je profite de mon Tony.

Gabriel Fernandez par ci, Gabriel Fernandez par-là, c’est son procès au gosse ou le mien ?

Ras le bol d’entendre parler de ce môme, va me gâcher la vie jusqu’au bout.

Même mort, il me pourrit la vie.

C’est plein de gens aujourd’hui, des journalistes partout, vont prendre des photos, et je suis mal coiffée, j’arrive à rien avec ça, j’ai pas de glace, l’avocate elle en a peut-être une ; Minimum syndical à la tôle, ils ont pris mon maquillage, on est pas là pour faire la belle qu’ils ont dit.

Tiens, les vieux sont pas venus aujourd’hui, faut croire qu’ils ont eu la honte hier, avec ce que le psy a raconté.

Enfance malheureuse elle a dit, et puis le choc là, traumatisée je suis qu’elle a dit la psy.

Les parents défaillants, alcoolique et droguée à 9 ans qu’elle a ajouté. Ah ah ah, ouais, ils étaient où les services sociaux !? Ralentie du développement qu’elle a dit. La honte les vieux.

C’est à cause d’eux que ce têtard de Gabriel nous a rendus dingo, l’ont mal élevé, j’ai bien fait de le reprendre.

J’ai faim, j’aurais dû prendre plus de porridge, faut dire qu’on est nourries dans cette tôle. Qu’est-ce qu’ils vont servir au déjeuner aujourd’hui ?

C’est quoi cette blonde, là ? Comment elle me regarde ! Ouais, c’est sûr mes cheveux ça va pas.

Merde, faut que je demande à Wendy d’arranger ça ce soir.

J’avais de beaux cheveux avant. J’ai toujours eu de beaux cheveux.

Ils font monter Tony avec le juge, chouette, pas besoin de me tordre le cou aujourd’hui.

Comme il est beau, et grand.

Il est fort mon Tony Aguirre. Ouais toutes les nanas le matent. Rêvez pas les gonzesses, Tony et moi c’est à la vie à la mort, c’est le mien c’t homme-là, on touche pas.

Ben je fais coucou si je veux votre horreur, tu vas faire quoi, me mettre en prison ah ah ah.

Voilà l’autre corbeau qui s’en mêle. La vérite….rien que la vérité…je le jure. La vérité c’est qu’il était chiant ce môme, en quelle langue faut leur dire. Toujours dans nos pattes, c’est la faute des parents ça, fallait toujours être après lui.

Si j’avais su, j’aurais dit à Wendy de faire quelque chose pour mes cheveux, j’aime pas qu’il me voit comme ça mon Tony.

Ce que c’est long.

Il a dit y en aura pour des semaines l’avocat.

Enfin, le plus dur est fait. On te fait raconter, encore, raconter sans arrêt, la même chose.

Pearl, dites-nous, à quel âge avez-vous commencé à prendre de la méta ? Est-ce que je sais, j’en ai toujours pris, pis les parents qui n’y voyaient que du feu.

Et avec Gabriel, que s’est-il passé ? Est-ce que vous avez été violente avec lui ? Non mais ils en ont de bonnes eux, ils savent pas ce que c’est ou quoi, d’élever des gosses ?

Putain, j’ai chaud.

Cette combinaison orange, c’est une fournaise.

Mais quand même, c’est bien de voir Tony, il est beau.

Il est fort aussi, tu parles, oui, ça, il est super fort, m’a même cassé un bras ce con.

L’avocat il a dit que Tony il m’accuse d’être, comment il a dit, la cervelle du crime. Pas compris de quoi il parlait. Jamais commis de crime. Pis mon homme m’accuse de rien. C’est mon homme Tony.

Rooo mais laissez-le donc raconter. Z’arrêtent pas de le couper.

Le type là, qu’ils ont choisi pour défendre le gamin, un vrai pantin. Et puis, il est mort Gabriel, plus rien à défendre, le grand n’importe quoi la justice.

Cet avocat, il est trop nul. Pas comme à la télé cette audience, pas d’objection votre honneur, je devrais le virer.

J’ai faim, j’aurais dû prendre plus de porridge, faut dire qu’on est nourries dans cette tôle. Qu’est-ce qu’ils vont servir au déjeuner aujourd’hui ?

Ben la revoilà qui me reluque la blonde là, qu’est ce qu’elle a avec sa coupe impec. Tu veux ma photo pétasse.

C’est pas elle qui sait ce que c’est d’avoir 4 gosses à nourrir puis leur père en prison. Qu’est ce qu’ils ont, maintenant, à me regarder comme ça !?

Et ça cause, ça cause, Monsieur Aguirre parlez nous des faits. Il était comment le petit Gabriel. Non mais ça va pas recommencer. Il était chiant, ce gosse, puis c’est tout.

J’étais bien sur cette photo, 21 ans quand il est né le ptit.

Jeune et sexy. Normal qu’il ait craqué mon Tony. Une vraie perle la Pearl ah ah ah

Les gosses ça te vieillit, mais moins que la tôle.

Tonton aussi m’avait trouvé à son goût ce vieux cochon, faut pas que j’y pense, me donne envie de crever ce truc, t’en deviendrais violente. Après tu supportes plus les cris des gosses.

Ouais, trop beau mon homme, avec lui ça filait droit les mouflets. Y a que Gabriel qui faisait que de l’énerver. J’y mettais une baffe au môme, pour qu’il se calme, ah ah ah mais pas moyen de lui apprendre le respect à lui. Et la fois où y a pas eu moyen de le mater, même dans le placard ça chouinait encore. Ce ptit con, un coup de BB gun et pis voilà qu’il a filé droit.

J’ai faim, j’aurais dû prendre plus de porridge, faut dire qu’on est nourries dans cette tôle. Qu’est-ce qu’ils vont servir au déjeuner aujourd’hui ?

 

Masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel SCHMITT – Exercice 1 – Pourquoi avez-vous envie d’écrire

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J’aurais pu commencer en disant que, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu envie d’écrire.

Mais c’eut été inexact.

Il eut mieux fallu dire: d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit.

Mais cela aussi, eût été également inexact.

En vérité, c’est par amour, que j’ai eu envie d’écrire.

Mais pas d’abord l’amour des mots ; C’est par amour pour ma mère que j’ai d’abord eu envie d’écrire.

Ma mère lisait, toujours, en tout lieu, en tout temps, elle lisait et lisait et lisait. Elle en oubliait tout, les enfants dans leur berceau et le déjeuner sur le feu.

Intriguée, je pris donc un livre et m’asseyais à ses côtés: Bientôt, elle m’apprit à lire.

Pour retenir son attention, je rêvais désormais d’écrire moi-même ses livres.

Mon premier poème dira l’amour que mon père portait à ma mère.

Puis, enamourée des histoires que je lisais, je voulais raconter les miennes, et ma mère me lisait.

Toute chose écrite m’attirant irrésistiblement, à quatre pattes dans ma chambre d’enfant, je m’absorbais dans la confection d’une encyclopédie qui occuperait ma mère jusqu’à la fin des temps.

Entre temps, les contes succédaient aux légendes, et dans la bibliothèque, je furetai parmi les ouvrages : la poésie fit naître en moi l’amour des mots, les classiques l’amour du style.

Et ma mère inventa un jeu d’écriture : 10 lignes dans le style de l’auteur après avoir tourné la dernière page….mon cœur battait désormais pour les écrivains qui ne me séparaient plus de ma mère.

Puis ma mère nous quitta et mon journal, qui jusque-là disait mes rêves, devint le refuge de ma peine ; Et j’aimais exprimer mes émotions.

Etudiante, promenant partout mes valises de notes, je gribouillais à tout va : un projet de roman par ci, un recueil de poèmes par là.

La philosophie fit naître en moi l’amour des idées, les modernes l’amour de la liberté ; Et j’aimais exprimer mes pensées.

Avocat, promenant toujours mes dizaines de carnets, je rédigeais des essais, des conclusions, des mémoires, des tribunes.

Puis mes notes s’égarèrent, au gré de mes déménagements et puis d’une rupture. J’inscrivais mes mots dans un blog, comme pour les retenir.

La bible qui tombait entre mes mains il y a peu m’a donné l’amour de la parabole et la spiritualité l’amour de l’être.

La pandémie et son confinement m’ont rappelé à l’amour de la vie, mon journal est devenu un billet quotidien, partageant cet amour de vivre.

Aujourd’hui encore c’est par amour que j’ai envie d’écrire.

Journal du Dconfinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 2 et 3

 

 

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Dconfinement – Jour 2 – Où est le manuel?
Ont fleuri durant ces 55 jours, des recettes, des guides, des centaines d’informations sur le mode “réussir son confinement”. Une batterie de psy, de coachs, de travailleurs de lumière, au service de l’homme enfermé.
Et comme s’il était plus facile aujourd’hui de réouvrir la porte et de faire un pas dehors, que de la fermer hier, je trouve peu de recettes, de guides, d’informations sur le mode “réussir son déconfinement”.
J’en suis étonnée, vraiment.
J’ai bien vu quelques articles sur le choc, l’état post-traumatique. Mais comme s’il allait de soi que nous attendions tous de rejoindre nos habitudes, je vois bien peu d’outils destinés aux déconfinés.
Lorsque les réseaux sociaux étaient plein de formations gratuites, de promotions, de livres et de films accessibles, les publications des uns et des autres emplissaient aussi l’espace créatif, le vivre ensemble via FB était bien enraciné.
Les courriels annonçant les dernières heures des prix cassés s’accumulent dans ma boîte, mais sinon?
J’ai le sentiment que nombre vont retourner, RE-tourner, going BACK, à ce qui était, j’aspire à ne pas tourner en rond, à ne pas prendre le chemin vers l’arrière, mais à aller de l’avant going FORWARD.
Qu’est ce que je ne veux plus voir, dans ma vie? Qu’est ce que j’ai découvert durant le confinement, que je veux entretenir, cultiver, voir grandir? Qu’est ce qui m’est apparu vital et qu’est ce qui m’est apparu inutile?
Le manuel du Dconfinement pourrait commencer par une phase d’observation, à la façon dont le confinement lui-même, sans doute, a commencé.
J’ai peu l’idée d’un bilan, mais c’est tout de même quelque chose de cet ordre.
Je m’observe après la levée (partielle) de mon assignation à résidence. Où m’ont menée mes premiers pas? Quelles ont été mes priorités, mes premières impressions, mes ressentis, mes sensations. Qu’est ce que je me suis raconté, qu’en dis-je maintenant?
Est-ce que mes habitudes de confinée ont déjà changé? A quoi ressemble la deuxième matinée de l’après?
Est-ce que je ressens en moi-même, que la vie a “repris”?
Ma terminologie se veut volontairement (un peu) provocatrice. Parce que j’entends, je lis, que c’est le sentiment d’un nombre important de personnes, ce sentiment de recommencer à vivre, de reprendre contact avec la vie.
Je creuse en moi-même et j’observe que ces mots là ne me vont pas, je les écarte au profit de bien d’autres.
Viennent très logiquement d’autres sujets d’observation. AI-je peur? De quoi ai-je peur? De quoi ai-je envie, au fond, lorsque je conserve en moi l’espace que le confinement m’avait offert? Dois-je renoncer d’une manière ou d’une autre à ce que le confinement m’avait offert? Si oui, pourquoi? pour qui? Qui le dit, qui légifère?
J’ai eu la chance de vivre le confinement de manière progressive, ayant depuis longtemps pris un certain recul et une certaine liberté avec le travail, les sorties, la consommation. Pour autant, le mur du confinement a stoppé ma course. J’imagine le choc pour ceux qui étaient en pleine vitesse.
J’ai la chance de vivre le Dconfinement de manière tout aussi progressive, ayant depuis longtemps pris un certain recul et une certaine liberté avec le travail, les sorties, la consommation…et n’ayant dès lors “nulle part” où RE tourner.
Et je suis surprise de ce faux naturel avec lequel beaucoup reprennent le fil là où il avait été coupé.
Où est le manuel?
Dconfinement – Jour 3 – Let’s be spectacular!
Mon idée initiale était de vous parler de l’agitation des poulets sans tête, formule empruntée à Vincent Lindon dans sa récente tribune. Mais c’est trop dommage, oui, trop dommage de ne pas vous faire cette autre proposition, tirée de la vidéo que j’ai partagée hier.
Be spectacular! Soyons bluffants, épatants, surprenons et surprenons nous. Soyons beaux, joyeux, extravagants. Coupons nous le souffle les uns aux autres!
En un mot cessons d’être “des gens ordinaires”, cessons d’avoir des “vies ordinaires”, des vies de tous les jours.
Nous troquons chaque instant du cadeau qu’est la vie, contre un morceau de pain et un bout de toit, soit! Mais faisons le avec panache, originalité, chacun de nous avec sa force de créativité et sa propre intensité. Faisons le en couleur, en grand format. Faisons nous notre cinéma.
Racontons nous de belles histoires et ayons de belles pensées.
Zach Bush dit à juste titre “pas besoin de révolution, juste d’une évolution”.
Ni Rome ni personne ne s’est fait en un jour, “la vie reprend ses droits” comme le disent mal nos commères de bistrots (fermés). Chaque périple commence par un pas, alors faisons ce pas.
Sourire un peu plus, parler à un inconnu avec sincérité, faire un geste simple de solidarité, et un autre de fraternité. Et les petites rivières feront de grands fleuves.
Je suis pleine d’une énergie de renouveau et d’espérance, de confiance même.
Je regarde Paris s’éveiller vitesse Grand V de son sommeil de 100 ans et le prince qui a posé un baiser sur sa bouche était assurément cocaïnomane tant elle est survoltée.
Et au milieu de cette ville qui cherche à reprendre son souffle en exhalant ses gaz d’échappement je me suis arrêtée pour mieux sentir ou plutôt ressentir. Au delà des odeurs insupportables (déjà, à nouveau), du bruit (saoulant), des masques parsemant le trottoir ( la nouvelle pollution humaine! quelle imagination en la matière), j’ai senti la frénétique envie de vivre de ces milliers de gens ou devrais-je dire la frénésie de vie en eux, dont ils ne savent que faire.
Le vivant reprend ses droits, face à l’adversité, la mort et tous les maux imaginables, il va de l’avant, avec originalité et adaptabilité, cherchant tous les moyens possibles pour remplir sa mission, assurer, en tout temps, de toutes les manières possibles, à perdurer et à ne pas céder un pouce de terrain.
Il suffira de peu de choses, en vérité, pour réorienter cette énergie vitale vers le beau, le bon, le partagé. Un pas après l’autre, choisis la vie et tu vivras.
Carolin Myss racontait que traversant une ville durant le pèlerinage sur le chemin de Compostelle elle avait eu le sentiment qu’en sortant du sentier proprement dit, elle quittait le sentier de la grâce pour rejoindre la route de la vie ordinaire. Osons de faire ce petit pas de côté, s’écartant du chemin de l’ordinaire pour se diriger vers un chemin de grâce, ou d’amour, ou de créativité, le chemin du coeur en tout cas.
Choisis TA vie, gagne du terrain, cède de moins en moins de toi même, cherche à exprimer le plus sincèrement ce que tu es, tel que tu es.
Soyons spectaculaires, la vie et la terre saurons nous le rendre.

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 54 et JJ du déconfinement

 

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Déconfinement- Jour J – Un monde bipolaire.
Peut-être oublions nous trop souvent que nous vivons dans un monde bipolaire. Je ne retiens pas ici ce terme dans son sens médical,  bien que cette première journée Dconfinée puisse en être l illustration.
Je me remémore simplement un instant, que deux polarités font notre monde et que sans elles aucune expérience ne semble possible. Ainsi, plusieurs options nous sont offertes. Le tout d un côté. Ou de l autre. Ou bien alors l’équilibre et tout ce qui s en approche.
Grâce aux polarités,  le contraste, le chaud et le froid, le jour et la nuit, le yin et le yang. Mais surtout le mouvement. Car un monde sans polarité est un monde d absolu, ou tout est suspendu dans un état constant, figé, flottant.
Après la pluie : le beau temps. Apres l hiver : le printemps.
Et mi Mai: le Dconfinement.
D comme débile pour certains. D comme dommage pour d autres. D comme doucement en tout cas.
Et ce que j aime par dessus tout c est de voir les barricades sauter aussi vite que la peur avait envahi les rues. Un monde bipolaire vous dis-je.
Comme presque toujours, on oublie la voie du milieu. La plus difficile à atteindre mais celle qui permet d espérer un mouvement sans le chaos.
Entre les optimistes d un pôle et les pessimistes de l autre ne se trouvent pas les réalistes.
Entre les raisons des uns et les raisons des autres ne se trouvent pas les raisonneurs, mais les sages. Le sage est rebelle par excellence, il juge tout à l aulne de sa seule expérience ce que j ai déjà dit d ailleurs. Il n a pas besoin de règles ni d alarmes. Il était là,  présent à son expérience et non perdu dans ses pensées. Il sait ce qu il aimé vivre et comment. Ce souvenir est sa boussole et l étalon à la mesure duquel il tracera la suite de son périple.
Il se souvient de l essentiel et prend garde.
Confinement – Jour 54 – La vie est une danse.
En écrivant je pense à la sculpture de Camille Claudel que j’adore: “la valse”. Un homme, une femme, silhouettes modelées ensemble, tournoyant autour d’un axe unique, faits dans le même morceau de terre.
Plus qu’une danse, un dialogue. Un échange amoureux, une fusion, la reconnaissance de l’autre comme un autre soi.
Évoquant le port du masque plus tôt dans l’après-midi, avec mon père, nous parlions du pourquoi nous l’envisagions, chacun avait ses raisons. Le sens que nous donnions respectivement à cette dissimulation de nos visages derrière ces morceaux de tissu, voire de plastique, parlait fondamentalement d’amour et non de peur.
Puis mon père me jeta: “faire du port du masque un dialogue et non un monologue”.
Car oui, en définitive, tout est question de regard.
Pourquoi resterions-nous si profondément influencés par les discours proposés, le narratif issu des pouvoirs publics ou le narratif issu de la contestation.
Quel que soit l’objet que nous voyons, les mots pour le décrire vont en créer une représentation plus ou moins complète. Quelques adjectifs de plus ou de moins, un changement de perspective, et tout est neuf, différent, frais et non repéré.
La distanciation sociale est devenue physique. Qui nous interdit cependant, d’en faire un acte d’amour infini?
Qui nous oblige à voir dans les “consignes sanitaires”, les “gestes barrière”, une nouvelle manière d’être désunis?
Nous sommes, pour beaucoup, parvenus à faire du confinement, autrement appelé assignation à résidence, un moment de grande proximité. Notre créativité a explosé dans un temps qui se voulait triste et douloureux. Notre fraternité a éclos, dans un temps qui se voulait à l’isolement. Notre sentiment de soi a pris toute sa dimension, dans un temps qui se voulait oppressif.
En n’adoptant pas les mots des autres, en créant librement la réalité dans laquelle nous voulons évoluer, en conduisant avec intensité et passion un chemin de vie qui nous soit propre, nous opposons à la voix unique et policée une voie individuelle et inclusive, originale et alternative.
J’aime à penser qu’en cachant mon sourire derrière ce petit rectangle de papier blanc je signifierai à chacun à quel point je l’aime et à quel point sa santé m’est précieuse. J’aime à penser qu’affublée de ce petit drapeau je montrerai ma vénération pour la vie, je dirai ma proximité de coeur et ma révérence profonde pour cet autre, inconnu et si proche.
Doit-on être collés les uns aux autres pour danser ensemble? Sur le même bateau, dans le même courant, pris par les mêmes vents et faits de la même chair, va-t-on laisser les mots créer l’illusion de la séparation?
Je m’approprie mon histoire, je me la conte moi-même, et quoiqu’en disent les grincheux de droite ou ceux de gauche, elle est MON histoire et leurs mots n’entrent pas dans mon coeur pour me dicter le marasme dans lequel ils croient pouvoir inscrire ma trajectoire.

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 51 et 53

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Confinement – Jour 53 – Loi vs Contrat
On ne négocie pas avec la loi. Je ne parle pas ici des lois humaines. Les lois humaines varient avec le temps, elles sont réformables et nous en avons la preuve de plus en plus souvent. Les lois humaines peuvent toujours être violées, et parfois même sans conséquence aucune.
On ne négocie pas avec la LOI.
La vraie loi, l’intangible loi, la loi biologique, la loi scientifique, la loi cosmique, la loi mathématique en vérité, la loi naturelle.
La loi qui veut que toute espèce terrestre ou marine, ait un rôle à jouer dans l’équilibre du monde. La loi qui veut que vous inspirez l’oxygène que les arbres produisent en inspirant votre CO2. La loi de la gravité qui veut qu’un corps chute vers le bas.
Auriez-vous l’idée de défier la gravité? N’avez-vous pas, dès votre plus jeune âge appris à connaître cette loi et ses effets? N’avez-vous pas, consciemment comme inconsciemment, toujours su que cette loi ne pouvait pas être défiée, qu’elle s’imposait à vous, quoi qu’il arrive?
Et vous aviez raison.
Et Il y a beaucoup, beaucoup, mais alors vraiment beaucoup d’autres lois que vous n’oseriez pas défier. Énormément de règles dont vous pensez qu’elles sont immuables.
Soumettons-les, un instant, à un examen attentif. Posons-nous, à leur sujet, quelques questions élémentaires.
Ces “lois” ont-elles toujours été là? Qu’arrive-t-il à ceux qui les enfreignent? Ces “lois” peuvent-elles êtres réformées, d’une manière ou d’une autre?
A bien y regarder, la plupart des règles que nous suivons ne sont donc pas si intangibles que cela.
Et pour cause, sous couvert du même vocable, ces soi-disant lois sont en vérité des contrats. Des engagements auxquels nous consentons tous, de gré ou de force, par la force de la persuasion et de la culture.
Rien de choquant, sur le principe, une connaissance minimum de la sociologie explique que nous adhérions naturellement à des principes de fonctionnement qui nous permettent de créer du collectif.
Perdre de vue que ce à quoi nous avons consenti n’est qu’une convention est un premier point de repère, pour dire le brouillard dans lequel nous vivons.
Mais oublier, refuser de se souvenir, que ces conventions peuvent être résiliées, renégocier ou amendées, voilà qui relève d’une presque folie.
Il me semble pratiquement criminel de ne pas être à même de remettre en question nombre de nos conventions alors même qu’elles violent sans vergogne les lois naturelles qui, elles, s’imposent à nous de tout temps et en tout lieu.
Nous feignons d’ignorer, du haut de notre arrogance de “gens civilisés”, que sans air nous ne pouvons pas vivre, que sans eau potable, nous ne survivrons pas longtemps, que sans nourrir notre corps physique, c’est la mort qui imposera ses règles.
Si nous n’avons pas besoin de dollars, de téléphones, de voiture, pour nous maintenir ici bas, nous avons besoin de tous les royaumes et de tous les éléments naturels.
La question n’est même plus éthique. Aucune structure humaine ne survivra contre les lois naturelles.
D’ici à considérer l’évolution comme une forme de stupidité, il n’y a qu’un pas.
Confinement – Jour 51 – Une conviction.
Non, l’heure du bilan n’a pas encore sonné. Pour autant, quand je me suis assise pour vous écrire, j’ai eu envie de regarder en arrière, vers ces 51 jours de confinement (d’autres comptent beaucoup plus que ça….encore un effet de mon optimisme naturel).
Que m’ont ils dit de moi-même ces jours d’enfermement et d’isolement relatif?
Ils m’ont dit que j’étais réfractaire aux injonctions, ça oui, et plutôt deux fois qu’une. Ils m’ont remise dans les chaussons de l’enfant que j’étais, quand pesaient sur moi moins de “responsabilités” (quoi que?!). Je me suis sentie plus libre que jamais. L’absence du regard des autres sans doute mais plus sûrement l’absence de cette nécessité infernale d’incarner son rôle social. Finalement, au-delà de tout, je crois que c’est sur ce terrain où j’ai pris mes vacances.
Et le bonheur n’était pas plus loin.
L’impression de mon être a doublé, triplé, quadruplé, que dis-je, qu’il occupe maintenant un espace infini. Un peu comme retirer une chaussure trop petite ou un costume trop petit.
Alors oui, du coup, j’ai peur d’être rattrapée par la PERSONA, absorbée à nouveau dans ce jeu de masques (le jeu de mots est épuisé). Si la robe de l’avocat permet de neutraliser l’individualité qui la remplit, le masque chirurgical sera peut être pour moi le moyen de rester confinée dans mon infini.
Mais au fond je crois que comme toutes les bonnes choses, on s’y habitue. Et que cette crainte ne fait pas la poids face à la jouissance que procure l’authenticité.
Tout compromis en matière d’intégrité est une compromission.
Cette puissance bienveillante que l’on touche du doigt dès que l’on est aligné peut en définitive tout changer et peut être même transmuter ce qui approche son rayonnement.
Si je n’avais trouvé que cela grâce à cette mauvaise décision politique, déjà je me considérerais bénie.
Et c’est plus, beaucoup plus que cela que j’ai gagné durant ce temps de retour à soi.
Bon wesak à vous tous!!!!

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 47 et 49

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Confinement – Jour 49 – Wow!!!!!!!
Parfois on se lève et on erre. Et puis un jour on se lève et on trouve son chemin, directement, droit au but. Nous y voilà, j’ai demandé, j’ai vraiment demandé, avec insistance, de trouver les mots, pour dire ce qui m’animait et les mots tombent. De la bouche d’un autre, mais ils sont bien à moi.
Certains les auront entendus aussi, d’autres les entendront plus tard et certains ne les entendront jamais.
Ce sont les mots d’Aurélien Barrau, qui ce jour ont frappé mon coeur et me semblent dire avec une intelligence redoutable et un bon sens absolu tout ce que me crie mon âme depuis des mois.
Ces mots portent toute la force de l’avenir, ils ouvrent tous les champs des possibles, ils sont magnétiques et agiront, j’allais dire par eux-mêmes, parce qu’ils s’incarnent aisément, parce qu’ils se manifestent de manière directe et évidente.
On nous enferme chez nous pour éviter les morts évitables, les morts inutiles, les morts aléatoires que fait ce petit virus inconnu. Pourquoi ces morts là ne sont elles pas acceptables? Pourquoi lutter contre un virus quand on peut éviter tant de morts tout aussi (voire plus) inacceptables, évitables, inutiles? Les morts de la mal bouffe, les morts de la famine, les morts de la guerre, les morts du climat, les morts de la pollution??????
Pourquoi tout à coup le monde s’emballe-t-il autour d’une maladie quand il se fiche de nous empoisonner, de nous exposer aux radiations, aux ondes destructrices, aux perturbations diverses et variées?
Pourquoi tout à coup le politique se saisit-il d’une mission de santé publique quand il a pactisé avec le cancer, le burn out, les antidépresseurs et les inégalités en tout genre?
Mais oui, ces mots de l’économie avec lesquels on nous titille, la croissance, le PIB, travailler plus….money money money….consommation, 5G, votre bonheur est dans une voiture…..
Quand on y pense, quel est-il ce paradis perdu du monde “d’avant”? Il me semble être d’abord une illusion, une sorte d’hallucination collective. Quand on s’y penche, juste un peu, sans grand discours. Est ce que nous étions heureux, vraiment, dans ce monde là? Le confinement ne nous a-t-il pas montré, un peu, ce qui nous est le plus important, ce qui nous fait du bonheur, un bonheur durable, un bonheur fondamental, une sensation de véritable bien-être, ce qui nous remplit et donne un sens à notre être ici.
La croissance n’a rendu personne heureux, la consommation n’a su générer que quelques shoot orgasmiques et passagers, l’économie nous fait surtout chier.
On veut nous remettre au boulot, on veut nous renvoyer dans les magasins pour acheter 1000 choses inutiles, on veut nous contraindre à poursuivre notre marche effrénée vers la fin du monde….
Nous nous sommes tant réjouis du retour des dauphins, de la prolifération des tortues, de l’air moins pollué, du chant des oiseaux dans nos villes, de la bonne santé des abeilles, de l’invasion des villes par les biches….
Nous avons mis tant de coeur à soutenir nos concitoyens essentiels, les infirmières, les médecins, les personnels des hôpitaux, les éboueurs, les caissières et tous ces gens invisibles jusque là.
Je prends le pari que cette vie du confinement, si elle ne nous avait pas privés de ceux qu’on aime et n’avait pas fait peser sur eux une menace plus palpable que nos maux usuels, aurait pu être pour la majorité d’entre nous le plus beau moment de notre vie. La créativité, la solidarité, une grande fraternité, une grande liberté d’investir nos journées….
Parce que si nous sommes bien incapables au quotidien de prendre la mesure de la destruction engendrée par notre civilisation in-civilisée, nous ne sommes pas pour autant ni idiots, ni cruels. Et que mettre les chiffres les uns en face des autres dans un moment de paix et de calme nous permet de faire de nouveaux choix, de prendre un vrai contact avec des réalités existantes mais dissimulées à nos esprits agités.
Je suis comme Aurélien BARRAU, je ne veux pas du monde d’avant. Cette pause de quarantaine a fait le tri dans mes valeurs, dans ce que je veux conserver dans ma vie, ce à quoi je veux contribuer.
J’y reviens, mais une seule envie. Faire du neuf avec du neuf, parce que la vie pour la préservation de laquelle je me suis laissée enfermer mérite que je la défende sous toutes ses formes, en toutes circonstances.
Confinement – Jour 47 – Faire du neuf avec du vieux.
Nous commençons tous à parler “d’après”, parfois du “monde d’après” quelque fois de la “nouvelle terre”.
Ce qui est certain, c’est que nous parlons tous d’après le confinement.
Il y a ceux qui se réjouissent de retourner à la “normalité” et ceux qui n’en n’ont pas envie, parmi eux quelques uns la redoute même.
Il y a ceux qui sont dubitatifs, qui ne croient pas au retour de la “vie d’avant”, parmi eux quelques uns se fondent sur les conséquences économiques, sociales et politiques du confinement.
Beaucoup craignent un “après” où les rapports de force auraient changé. Un “après” dictatorial, fait de nombreuses limitations, d’obligations plus pesantes, sous une emprise d’une densité inégalée.
Ce qui arrive souvent avec le changement, quel qu’il soit, c’est qu’on l’aborde avec de vieilles pensées, de vieilles habitudes, de vieux conditionnements.
Il y a quelques semaines, je ne parvenais plus à travailler dans mon bureau. Je consultais un coach merveilleux à ce moment là, que j’avais choisi pour rompre avec mes logiques et décrasser mes schémas. Elle a suggéré que j’avais amorcé un renouveau, que je véhiculais de nouvelles énergies et que mon bureau était resté, lui, dans mes vieilles énergies, que lui et moi n’étions plus alignés. Ma chance alors a été de l’avoir ressenti, de n’avoir pas pu faire du neuf avec du vieux.
Bouger quelques meubles, changer la déco, ajouter quelques fleurs et voilà que je n’avais plus envie de quitter mon bureau!
C’est un peu cela, je crois, qui nous attend “après”.
Nous ne pouvons pas être les mêmes que ceux que nous étions “avant”, avant quoi? Avant le confinement, cette assignation à résidence mondiale, nécessaire ou surjouée. Avant la pandémie de COVID, réelle ou supposée. Avant les conséquences collatérales de la “gestion de la crise sanitaire”, négatives comme positives.
Nous ne voulons pas nécessairement changer, ne le pouvons pas toujours, ne savons pas forcément comment.
J’ai la certitude cependant que la plus grande de nos forces est notre flexibilité que certains appellent une capacité d’adaptation. Je préfère la flexibilité car s’adapter n’est pas toujours pour le meilleur. Notre capacité d’invention est la clé.
Pour vivre bien cet “après”, j’ai l’intuition qu’il faut seulement remettre en question le paradigme, accueillir en quelque sorte le renouveau qui s’est imposé à nous durant ces dernières semaines, poursuivre notre oeuvre d’imagination et de créativité.
Et peut être aussi se réjouir de l’occasion qui nous est donnée de faire du neuf avec du neuf!

Journal du confinement – Posts publiés sur Facebook – Jours 44 et 46

 

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Confinement – Jour 44 – Tout commence par soi-même.
Tout commence et tout s’arrête en soi-même. Je ne crois en rien qui ne commence par la responsabilité.
La moindre tension, les disputes, les incompréhensions, les insultes, les abus, les divergences, tout ce qui n’est pas l’harmonie et le bonheur, de même que tout ce qui est l’harmonie et le bonheur, agacent notre habilité à répondre.
S’exclure pour porter un jugement, se sentir au delà, au dessus, en dessous, c’est se couper de toute capacité d’agir.
Quoiqu’il se passe, le premier mouvement qui me soit naturel est de revenir à moi pour trouver en moi la réponse.
Je ne peux pas toujours agir, beaucoup des situations dont j’ai connaissance échappent à mon contrôle. Mon habilité à répondre sera alors seulement d’ordre émotionnel. Mais cette démarche d’inclusion est ma force.
Je ne délègue pas mon pouvoir à l’extérieur, je raffine en moi chacune des émotions que m’inspire le monde et son brouhaha.
En déterminant d’abord ce qui entre dans ma zone de contrôle et en décidant de me cultiver mon autonomie sur cette zone, j’ai pris conscience de tout ce que j’avais remis entre les mains d’autres. Mon bonheur abandonné à mes relations intimes, ma santé abandonnée au système de santé, mes revenus abandonnés à l’entreprise qui m’emploie, ma nourriture abandonnée à l’industrie, ma foi abandonnée à l’église, mon instruction abandonnée à l’éducation nationale…la liste est sans fin.
Ma voix, abandonnée aux élus….
Oups….
Voilà que je fais du militantisme.
Par cercles concentriques, depuis le noyau de chacune de mes cellules vers l’extérieur, je passe en revue tout ce qui constitue le tissu de mon existence et j’examine, je passe au crible, comment toucher du doigt, développer, exercer encore et encore mon pouvoir personnel.
Et je suis responsable de moi, habile à répondre, tout en réduisant ma dépendance et en admettant que je ne suis victime de rien à quoi je n’aie, d’une manière ou d’une autre, consenti ou contribué.
Lorsque ma colonne vertébrale sera assez forte pour que je puisse me projeter sans danger vers un extérieur plus lointain, je pourrai contribuer utilement et avec conviction à la vie d’une cité où nous mettrons en commun ce qui fait notre force plutôt que de s’en remettre à la force d’autres pour compenser ce que nous croyons être nos failles.
Confinement – Jour 42 – je n avais rien à dire, parce que j écoutais. Et je dois dire qu il y a, à nouveau, trop de bruit. Beaucoup trop de bruit. Vous entendez?! Je suis intéressée par les analyses, les recherches. Bien sûr les émotions sont fortes et elles doivent sortir d une manière ou d une autre. On essaie de tout contrôler. Tant individuellement que collectivement.
On en bave, on imagine le pire. Une société liberticide, un effondrement de l économie, la destruction de notre planète.
Des motifs d avoir peur nous en aurions tous. Ceux qui sont traumatisés par le confinement et ceux qui le sont par le déconfinement.
Mais j en ai vraiment assez.
Oui. J en ai assez du bruit.
Je respecte et je comprends. J adhère même quelque fois. Je m interroge. Je me renseigne. Je m inspire et je m imprègne.
Et j ai beau écouter, tous les points de vue, avec un esprit aussi ouvert que possible, je vois surtout un manque total de fraîcheur, une absence définitive de renouveau.
Je ne suis pas triste, ni même inquiète. Je constate. Je constate que très peu prennent le temps de valider au fond d eux-mêmes leurs théories avant de les envoyer voyager dans la tête des autres.
Une dimension, au moins une, manque toujours à toutes leurs analyses.
Laquelle me direz vous? N importe laquelle. Toujours une qui manque.
Le bruit ne cesse pas. Pendant 3 jours je me suis agitée au bruit du tambour des datas qui pénétraient en nombre dans mon cerveau. Aujourd’hui j ai compris qu écouter c était autre chose. Alors j écoute la voix de l intérieur, la petite voix au dedans. Elle est à peine audible pour celui qui ne s installe pas dans le calme de l inaction. En m’asseyant pour mieux l entendre, j ai vu passer dans mon esprit toutes sortes de sentiments équivoques. De la honte et la culpabilité, au soulagement et au besoin de ne faire que vivre. Tout ce qui a circulé dans ma tête n était pas toujours agréable ou joyeux au début. Finalement, je ne me suis pas reconnue dans ce fatras de pensées pop-up. Et la petite voix intérieure s est faite plus audible. Ou devrais je dire je me suis faite plus attentive à elle. Le bruit du dehors a cessé, du moins je l entends moins. Et tout est devenu simple. Et parfait

Confinement Jour 46 – Ni bienveillance, ni compassion.
Comme ces mots peuvent parfois m’agacer….Et je ne pensais pas parler de cela un jour. Mais cet après-midi, en écoutant un webinar, j’ai réalisé que j’avais manqué de bienveillance, voire de compassion, il y a quelques jours. Pourquoi ces mots, durant ce webinar, m’ont renvoyée à cette expérience personnelle? Est-ce que je me sens coupable? Est-ce que je m’en veux de quoi que ce soit? Est-ce qu’au contraire je sens que j’ai fait ce qui me convenait?
Mais vous êtes perdus, je vous raconte.
Je connais quelqu’un de bien, avec un potentiel manifeste, qui semble prise dans un béton de plus en plus figé, pleine de projets et d’images, pleine d’intuition et de rêves. Elle appartient à ces gens qui sentent en avance, qui ressentent fortement les changements et les besoins des humains et de leur environnement. Mais ses mots, ses rêves, ses intuitions, ne semblent jamais vouloir prendre forme. Et elle en souffre. En pointant du doigt ce qu’elle ne sait que trop, en refusant d’entrer dans ce que j’ai cru être une logique de complainte stérile, je crois avoir fait preuve de dureté.
Que s’est-il passé?
Pourquoi ai-je envie d’en discuter maintenant?
Parce qu’en ce moment deux forces se font face dans nos vies, me semble-t-il.
D’un côté cette distanciation physique imposée qui va jusqu’à nous retenir chez nous et crée, nécessairement, le manque de l’autre.
De l’autre côté nos moyens de communication, précieux, qui facilitent peut-être un mode d’échanges que je qualifierais d’intrusif.
Lorsque nous rencontrons un ami autour d’un verre ou d’un repas, il peut sentir intuitivement que l’on n’est pas en mesure d’absorber une information qu’il aurait voulu partager. Il fait le choix de la partager tout de même, ou pas, ou de la partager autrement.
Lorsque nous envoyons un sms, que savons nous de l’état dans lequel se trouve le destinataire? Et j’allais dire, dans beaucoup de cas à l’heure actuelle, LES destinataires.
Alors tant que l’on envoie des branches de muguet, des voeux de bonne santé ou des soleils et des coeurs, il n’y a guère de risque.
Mais lorsqu’on adresse à un “ami” (au sens plus ou moins propre du terme) un mot lourd, plein de peine, de souffrance, de doute et de malheur, ne prenons nous pas la responsabilité de perturber son état, d’aggraver sa détresse?
Je me suis souvent sentie le réceptacle des agacements, des humeurs, des tempêtes, au motif m’a-t-on dit une fois que “je vais toujours bien”. C’est évidemment faux. Je veux dire que je vais toujours bien. Mais peut-être est-ce assez faux également je suis le réceptacle de quoi que ce soit. Et précisément…
Je me suis souvent trouvée seule à digérer le malheur exprimé d’un proche, totalement démunie face à la tempête d’émotions qu’il avait semé en moi. Vous me direz, j’aurais pu vider mon sac dans l’oreille aimante d’un autre proche, la belle affaire!!!
Finalement, le plus dommage dans cette histoire c’est que je comprends ce soir, en écoutant ce webinar, que certains projets magnifiques ne voient pas le jour parce que leur créateur est trop en souffrance dans la matière pour “donner corps” à leurs rêves et que souvent, ils ont dans leur corps justement la marque de graves traumatismes. Elle est mal tombée ce jour là, ne pas répondre aurait sans doute été plus judicieux.
J’ai cruellement manqué d’empathie, de bienveillance mais surtout d’intelligence ce soir là.
Ce soir là, j’ai malmené cet interlocuteur en détresse. Parce que je ne comprends pas le mode de communication qui s’instaure de plus en plus fréquemment. Cet envoi aveugle et parfois en nombre de messages aux sources et aux contenus perturbants, sinon douteux.
Parce que je pensais naïvement pouvoir communiquer librement ma pensée. Ce qui semble de nos jours de plus en plus délicat, même en cercle restreint.
Parce que je trouve étrange d’écrire un soir, après 40 jours de confinement et de silence, un message tragique. Nous devons bien sûr restés solidaires les uns des autres, mais n’est-ce pas réciproque? N’est il pas quelque peu dangereux de ne pas veiller à l’équilibre de nos destinataires par les temps qui courent?
Parce que la communication n’est pas une mince affaire. Nous le vivons, l’observons, le souffrons même en ce moment.
Oui, j’aurais pu faire le choix de ne pas répondre, ce que je fais de plus en plus souvent d’ailleurs, mais il est peut être bon aussi de réfléchir à ce que nous écrivons avant de presser sur “envoyer”.